
La Laiterie
138 avenue de l’Hippodrome 59 130 Lambersart.
Tél . : 03 20 92 79 73. Site Web.
Choisi et proposé par Oanèse, ce restaurant, La Laiterie, situé dans une petite banlieue coquette de Lille, a une étoile au Michelin, référencé par le Petit Futé. Il ne recueille pas beaucoup d’avis très favorables sur CityVox ni sur L’Internaute : assiettes décevantes et service défaillant. Miam miam déçu fin 2006. Bruno Bonduelle, Michel Seydoux, dans un article du Point spécial Nord, recommandent la Laiterie. Le récit d’un ami de Patrick Chazallet loue les talents du chef (même s’il y a quelques plats juste « bons ») et salue l’excellence du service.
Un GPS bien utilisé, c’est redoutable. Après un tour rapide à Roubaix et à Croix, nous nous garons à midi trente sur le parking de la Laiterie. Très bon choix de voiture, puisque les autres véhicules garés sont aussi des Mercedes, souvent grises elles aussi (mon fAN va être déçu, je n’ai pas de mob orange et je ne suis pas du 16e, attention aux fautes de frappe aussi, il devrait savoir que je n’aime pas ça…).
Joli bâtiment plus que centenaire (qui a bien sur été modernisé depuis), entouré d’un petit jardin avec quelques vieux arbres. La porte d’entrée passée, nous sommes chaleureusement accueillis par une jeune femme qui nous débarrasse de nos vestes et nous conduit vers notre table, dans la grande salle carrée à gauche, sous un grand toit incliné, ouverte sur l’extérieur des trois côtés, grâce à des baies vitrées. Nous pourrons donc profiter du soleil, avant qu’il ne cède sa place à la pluie et la grêle. Pour les beaux jours, la terrasse devrait être agréable aussi. Cette salle, au cadre résolument sobre et moderne, avec ses grandes tables, ses teintes taupes et ses petits fauteuils confortables nous plonge dans une atmosphère agréable, zen. Pas de superflu, pas de complications inutiles, juste une simplicité élégante de bon gout. La salle, d’une trentaine de couverts, sera presque pleine.

Au centre de la salle, la version moderne du buffet desserte, avec, sur le dessus, les produits du moment (asperges, truffes, fraises…). Hormis la table du couple située près de ce meuble, et une grande table installée du côté plein, toutes les tables donnent sur l’extérieur. Le plafond est haut, c’est dégagé, on respire. Et surtout, on peut, d’un coup d’œil, apercevoir tout ce qui se passe dans la salle.

Quelques suggestions du jour dans un présentoir transparent, élaborées avec les produits stars du moment. Je suis un peu maniaque pour les fourchettes, je suis partisan des pointes sur la table et pas en l’air. Les petits gobelets en argent sont originaux.

Pas moyen de savoir ce qu’il y aura dans les différents menus (trois services autour de 40 eur, 4 pour 60 eur, 5 pour 80 eur, ce ne sont pas les mêmes choses qui sont servies pour tous les menus, les menus plus chers donnent droit à des plats avec des ingrédients plus nobles), nous choisirons donc à la carte, un classique « entrée, plat et dessert ». Pour nous ouvrir l’appétit, des petits fours salés aux fromages : chèvre, parmesan et maroilles (oups, il en manque deux sur la photo, désolé, parfois la gourmandise passe avant tout). Ce n’est surement pas très original, on ne s’ébahit pas en se disant « ah oui, trop fort, mais où est-il allé chercher ça? », on goûte, on trouve ça bon et on se dit, vivement la suite. Certains ont besoin d’innover et de faire de l’original tiré par les cheveux pour se distinguer. D’autres, comme le chef de la Laiterie, partent de grands classiques maitrisés à fond et très bien réussis.

Les plats commandés, nous parcourons la riche carte des vins et finissons par tomber d’accord sur un Sancerre 2005 de Mellot (Alphonse, 48 eur). Le sommelier nous avait d’abord orientés vers des blancs de Bourgogne, mais a approuvé notre choix. Avec une carafe d’eau.

L’eau arrive très vite et le vin ne tarde pas. Peu après arrive une brandade de morue servie dans une verrine. Onctueuse, savoureuse et légère, finement parfumée à l’ail, elle fond agréablement dans la bouche.

Très bons petits pains, de chez Croquet, parait-il. Le vin, à bonne température, est maintenu au frais dans un seau sur la table/desserte à côté, à portée de main.
Les entrées arrivent : œuf poché aux morilles, dans une sauce au vin jaune (32 eur) pour Oanèse, Saint-Jacques et cannelloni de topinambour, le tout saupoudré de généreuses tranches de truffe noire de Bourgogne (29 eur), râpée devant nos yeux, pour moi.
C’est joli, cela sent bon, mais, cherchez l’erreur dans la photo ci dessous! Une petite coquille, un raté en cuisine et ou dans l’office : il manque l’œuf poché. Oanèse le cherche au fond, moi j’ai déjà attaqué mes Saint Jacques. Toujours pas d’œuf. Nous faisons signe à la jeune serveuse, qui s’apercevant du raté, s’excuse, emporte immédiatement nos plats en cuisine, revient pour changer nos couverts (et par la même occasion, m’attribuer des couverts à poisson). Faux départ! Le serveur qui s’occupait de nous avait l’air un peu absent, heureusement, sa collègue a rattrapé le coup au mieux. Le temps de réparer tout ça, soit quelques minutes, et nos plats reviennent, cette fois avec l’œuf poché. Mes Saint Jacques, déjà attaquées, ont été remises en ordre, les copeaux de truffe enlevés, le rituel de la râpe reprend avec une dose encore plus généreuse que la première fois (sur la photo, c’était le round 1).

On remet les compteurs à zéro, on se détend en entamant les premières bouchées, c’est vraiment très bon! Les morilles au vin jaune sont extra. Les Saint Jacques délicieuses avec la truffe. Et puis ce cannelloni au topinambour, un régal. On s’amuse à varier les plaisirs en testant différentes combinaisons : chaque produit seul, deux ensemble ou les trois à la fois, à chaque fois, ça fait mouche.

Vers la fin des entrées, nos verres à vin étant presque vides, j’attrape la bouteille de vin à ma gauche. J’ai à peine le temps de l’approcher du verre d’Oanèse, que le sympathique sommelier arrive, me demande gentiment, avec le sourire, de le laisser faire pour qu’il n’ait pas de « mauvais points » (le responsable de salle veille). Je le laisse faire en lui disant de ne pas s’en faire. Il nous sert donc en s’enquérant de ce qui s’était passé avec les entrées puis en nous demandant si tout était à notre gout. Nous le rassurons, le raté des entrées est oublié, tout va bien. En effet, tout se déroulera à merveille après.
Les plats arrivent. Mous avons tous les deux choisi la côte de veau, servie avec quelques légumes bio croquants et une purée aux truffes. Joli, non? Et vraiment très bon, la viande rosée est ultra tendre, parfaitement cuite et exquise avec son petit jus de cuisson. Légumes croquants d’un très bon niveau, mais l’apothéose, ce sont ces deux généreuses boules de purée aux truffes, exquise. Nous saucerons jusqu’à la dernière goutte, rendant une assiette propre.

La transition vers le sucré s’effectue grâce à ces bons petits raisins moscatel (en provenance du Chili) dans une nage de muscat. C’est doux, mais la fraicheur fait que ce n’est pas trop sucré.

Variation chocolat-truffe pour Oanèse : une boule de glace à la truffe, un petit cannelé chocolat et truffe, une crème au chocolat noir, une autre aux lamelles de truffes et une feuille brick roulée, façon cigarette, au chocolat. Tout ça pour 12 euros. Ce dessert est tout simplement LE dessert. Un exercice de haut vol, puisque faire passer la truffe noire en dessert est loin d’être évident, surtout avec du chocolat noir. Deux ingrédients avec des gouts aussi marqués. Au départ, sans doute un clin d’œil aux truffes au chocolat, c’est d’ailleurs un peu ce que nous attendions. Dans l’assiette, c’est du vrai chocolat et de la vraie truffe. Un régal. Contrairement à d’autres desserts à la truffe (je pense toujours à ces macarons à la truffe blanche de pH que j’avais trouvés écœurants au bout d’une bouchée), celui ci est une réussite totale.

En comparaison, mes raviolis d’ananas fourrés (crème battue légère à la vanille?) et leur glace coco (12 eur) sont bons, très bon même, mais on ne réalise pas comme ça avec LE dessert!

Pour finir, quelques mignardises, là encore, plutôt classiques, mais d’excellente facture. De gauche à droite : boule/rocher à la noix de coco, financier à la pistache, cannelé sous une tuile caramel et, last but not least, un caramel.

Nous finirons tranquillement ce repas, prenant notre temps, savourant l’agréable atmosphère de fin de repas. C’est calme, agréable, détendu. Le service, après un raté au départ, s’est avéré exemplaire. Mentions spéciales à la jeune femme et au sommelier, très pros, à l’affut, réactifs, attentifs et en même temps détendus, et affables.
En regardant les plaques d’immatriculation des véhicules garés sur le parking, on s’aperçoit que la majorité de la clientèle est de la région. Quelques couples, dont nos voisins de table avec qui nous avons un peu discuté (Monsieur et Madame fêtaient leurs trente ans de mariage et sembalient ravis de leur déjeuner, eux aussi), une famille sur trois générations, un table d’hommes…
Nous finirons, guidés par le directeur de salle, par une petite visite des cuisines, du bar et de la seconde salle, en configuration cocktail.
Pour un peu moins de 110 euros par personne (une entrée, un plat, un dessert chacun, et une bouteille de vin blanc, 48 euros, à deux), ce n’est pas donné, mais vu le plaisir dans l’assiette et les moments agréables passés, ils sont justifiés. Encore plus quand on compare ce repas à notre déception du lendemain, à la Grenouillère. Bien sur, les styles de cuisine sont très différents, mais nous avons préféré le plus classique mais excellent style carré de la Laiterie de Benoit Bernard à la (trop pour nous?) grande originalité entachée de défauts annexes qui ont gâché le tout chez les Gauthier.
Récompensé par un Gault et Millau d’Or, Benoit Bernard vise à présent une deuxième étoile… Si vous êtes sur Lille et que vous voulez passer un repas très agréable, allez à la Laiterie. Une prochaine fois, opter pour un menu.
Rédigé par chrisos
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