
Mama Shelter, hôtel, bar, restaurant.
109 rue de Bagnolet, 75020 Paris.
Tél. : 01 43 48 48 48. Site Web.
Situation
Installé en face de la Flèche d’Or (également propriété des Trigano), et longeant la voie ferrée de la petite ceinture désaffectée, Mama Shelter, a ouvert en septembre 2008. Assez discret et sobre vu de l’extérieur, l’intérieur est plus contemporain et décalé. Pour plus de détails sur le concept et l’alliance Trigano, Stark, Castro et Azouirate, vous pouvez lire Plurielles. Il y en a vraiment pour tous les goûts: les Geeks apprécient de passer une nuit avec un iMac, Estaminet Coquet y a fêté un anniversaire très agréable, Régis y a dormi, le Rose et le Noir aussi (avec Quelle Heure est-il àTokyo). Zutilpleut trouve que c’est une adresse où aller en hiver.
François Simon se moque un peu de l’accroche, relate l’insatisfaction d’Alain Senderens, et, au final, cautionne et valide, surtout à cause du lieu superbe. L’article de Libération sent bon le dossier de presse, mais ils ne s’en cachent pas.
Vous trouverez des photos sur le site de l’Express, d’autres informations ici. Garance Doré, contrairement à ce que laisse penser le titre de son article, ne parle pas du Mama Shelter.
Occasion
Ayant posé mon après midi du jeudi depuis un moment, je ne pouvais pas mieux tomber. Initialement, cela devait être le restaurant d’application du lycée hôtelier de Clichy. Pas possible, mais la solution de « rechange » proposée par A est plus qu’alléchante. Déjeuner presse, organisé par Emmanuelle, de l’agence 14 septembre, avec Alain Senderens, chef-conseiller. Vu combien je suis fan du Passage, et curieux de rencontrer cet homme doué et malin, je signe tout de suite. J’ai vraiment de la chance, il fait très beau, le mois d’avril commence bien. Je traverse une bonne partie de Paris à vélo, me gare devant la Flèche d’Or, constate que l’endroit est sobre et loin d’être tape à l’œil : un très bon point.

C’est surement mon jour de chance : il y a une terrasse très bien ensoleillée, au dessus de l’ancienne voie de chemin de fer. Je passe l’entrée, traverse un hall/lounge/salle à manger. Il y effectivement une table d’affaires (dress code affaires en tout cas)à l’intérieur : le 75020 est plein de ressources! Je crois reconnaitre Senderens, assis à une table, mais je préfère m’en assurer. Emmanuelle m’accueille, je salue et m’installe. Les autres convives (A, L et F) arriveront peu de temps après. Le temps est vraiment magnifique. Si la vue n’est pas aussi dégagée qu’au Saut du Loup, ou au Tir aux Pigeons, cela reste agréable, le vis à vis est assez loin et surtout on y est plus confortablement installé. Il faudrait installer une terrasse avec piscine en verre au dessus du chemin de fer, mettre quelques petits arbres et ce serait le paradis.
Ambitions
Fort du succès de la restauration le soir (près de 200 couverts servis), les ambitions sont de faire décoller le nombre de clients servis à midi (un peu plus de soixante dix actuellement). Pour cela, une formule déjeuner à prix d’appel (entrée+plat ou plat+dessert à 19€), et une carte classique style brasserie moderne (entrée+plat+dessert à35-40€) avec salades, saumon fumé maison, foie gras, club sandwichs, croque, pasta, poissons et viandes. Desserts dans le même esprit, généreux : baba, moelleux, glaces… Le soir, c’est plus élaboré, et les prix montent en conséquence (45-50€). Entre les repas, même si la publicité recommande d’éviter de grignoter, la carte snacking permet de se sustenter avec les incontournables et incompressibles (salade, saumon, croque, macaronis, club…). Enfin, le dimanche, brunch à 39€. Alors oui, il n’y a pas que la déco qui est New Yorkaise, la possibilité de manger à toute heure, en continu, c’est pratique et appréciable. En cuisine, c’est Yann Tanneau, activement coaché par Alain Senderens (et Jérôme Banctel).

Boisson
À boire, il y a l’embarras du choix, que ce soit niveau cocktails ou vins. La table est simple, sans superflu. Alors que nous faisons connaissance entre nous et découvrons la carte, les personnages et le lieu, la jeune serveuse qui s’occupe de nous apporte une bouteille de Pouilly Fuissé 2006 (65€, Château de Fuissé, Tête de Cru) pour le blanc et un Yann Chave 2007 pour le rouge. Il fait chaud, le soleil tape, les seaux s’imposent.

Ce Blanc de Bourgogne est extra, je deviens de plus en plus monomaniaque de Chardonnay! Doré, rond, une petite pointe d’acidité. Nous passons commande pour goûter la carte du soir.
Saumon et thon
Nous démarrons par une tranche de bon saumon fumé chacun (en assiette nordique, à 16€). Toast de pain de mie, crème légère au wasabi : frais, très agréable.

Jérémie (un Trigano Junior) qui supervise le restaurant, passe saluer Senderens et sa table. Le saumon fumé maison est devenu un « classique », même si peu de personnes choisissent de l’accompagner d’un verre de Whisky, comme place de la Madeleine. Les sushis revisités (12€, sans algue, mais avec des graines de sésame noir grillé autour), au thon rouge, nouveaux venus sur la carte du soir, sont redoutablement efficaces.

On ne s’en lasse pas, avec cette sauce relevée, aux airs Sud-Asiatiques.

Dur d’y résister, n’est-ce pas?

Continuation
Le Vitello Tonnato (14€), plat classique piémontais dont je ne raffole pas : fines tranches de veau, mayonnaise, thon et câpres, convient tout à fait à mes camarades de déjeuner.

Je me concentre sur l’œuf mollet (presque aussi bien cuit qu’au Passage), servi avec quelques asperges vertes (on est un peu en avance sur la saison, mais le temps est digne de mai, donc je fais ce qu’il me plait) croquantes et une sauce à l’olive Kalamata (14€). La sauce est assez crémeuse, on sent le goût de l’olive, sans que ce ne soit étouffant et écrasant comme dans une tapenade. Idéal vu le contexte et l’ambiance.

Transition
Nous passons à la suite, et au rouge de Yann Chave (pas mal, mais je retournerai vite au blanc, profitant de l’ouverture d’une seconde bouteille). Papillotte d’aubergines, avec une crème au basilic (15€). Après un petit raté, Alain Senderens a convoqué le chef qui a bien rattrapé le coup. Un bon plat léger, végétarien, ça peut faire du bien de temps en temps.

Mais avril, c’est le mois de l’agneau. Cocotte d’épaule d’agneau confite, raisons blonds, boulgour et citron (22€), il y a quasiment deux doses sur ces photos. Ce qui explique ma surprise quand on m’a apporté ce monstre. Agneau fondant mais qui se tient, maintenu au chaud par la fonte. À côté, le boulgour ne la ramène pas et remplit bien son rôle. Ce plat aux accents méditerranéens (rappel au couscous) n’a pas de prétentions gastronomiques exagérées, mais est tout simplement bien fait et généreusement servi. Yo Mama!

Terminons
Place au dessert et au moelleux au chocolat (10€). Personne n’a osé prendre le même, avec un cœur carambar.

Solide et sans reproche. Comme ce gros Baba de la Mama (20€, servi avec son petit pot de rhum) à partager à deux au moins. Très bon rhum ambré.

Les profiteroles surprises (la glace est faite maison, bye bye Grom), natures, sont dans la bonne moyenne. Ce dessert semble encore en rodage, puisque la sauce au chocolat, pas mauvaise, était trop légère, pas assez dense, ni puissante. Encore quelques essais et ça devrait être à la hauteur.

Les avis sont partagés sur le crumble aux fraises pour 2 (19€). Les fraises chaudes et cuites sont excellentes, plus douces et plus moelleuses que crues. Par contre, deux écoles du crumble s’opposent : alors que certaines préfèrent que le haut (la pâte) soit bien cuit, compact, dense, d’autres, au contraire, apprécie la légèreté et la friabilité. Les partisans de la seconde tendance furent ravis.

Révélation
Mais LE dessert absolu, c’est cet ananas rôti (10€), avec madeleines et boule de glace vanille. Superbe cuisson, légèrement caramélisé et un peu résistant à l’extérieur, doux et tendre dedans.

Résumons
Au cours du repas, nous avons eu l’occasion de croiser un Trigano Senior, Roland Castro. Le service, comme l’a expliqué Alain Senderens, est, conformément aux attentes et à l’esprit des Trigano, non professionnel, mais souriant et plein de bonne volonté. C’est relax, décontracté. Pas parfait, c’est sur, mais c’est l’intention qui compte. Pas aussi « smart » que dans un Costes, mais plus humain, plus compétent et plus efficace aussi.
Mama Shelter n’est pas seulement un projet entrepreneurial, ses créateurs y croient et y vivent (ou alors ils font bien illusion) et c’est sans doute ce qui donne cette touche différente, cette somme de petits détails qui fait qu’on se sent à l’aise et bien. Bien sur, ce n’est pas parfait, ce n’est pas un endroit où aller pour une grande expérience gastronomique, il peut y avoir des couacs. Mais le bon esprit qui règne, le cadre, l’ambiance et l’environnement font de cette Mama un personnage attachant et accueillant. À refaire, en mai, à mon retour, le soir ou pour le brunch.
Thanks
Merci à A, du guide LesRestos.com, à Emmanuelle, de l’Agence 14Septembre, et à Alain Senderens pour ce déjeuner très agréable et enchanteur.
Rédigé le 7 avril 2009.
Discutons...