
Restaurante Martin Berasategui (Les Grandes Tables du Monde, Relais & Châteaux)
Loidi Kalea, 4 2060 Lasarte. Gipuzkoa.
Tél. : +34 943 36 471 ou +34 943 361 599. Site Web.
Berasategui, ce n’est pas une découverte, on peut lire les récits ou baver en regardant les photos du Bite Club, de Passionate Foodie (plus gros que le chef, ouille, ouille), d’Assiettes Gourmandes, de l’Ambroisie+, ou des GastrosOnTour.
Désireux de nous faire plaisir et de goûter la cuisine d’un grand chef du Pays Basque, nous choisissons de faire confiance à Martin Berasategui. Réservation par mail un bon mois à l’avance. Nous avions effectué un répérage la veille (mais c’était fermé), il y a bien des panneaux pour ceux qui arrivent de la France ou de Donostia, mais en arrivant de l’ouest, c’est moins évident, surtout avec les travaux qu’il y a dans le centre. Nous garons la voiture sur le parking. Par mail, on nous avait demandé d’être là à l’heure, à 13 heures! Surprenant pour ce côté des Pyrénées, mais nous nous plions à leur demande et entrons dans le restaurant vers 13h10. Accueil très agréable, nous choisissons de profiter de la terrasse et traversons une grande salle à manger pour nous retrouver en plein air. Il y a déjà un couple japonais et leur enfant, il faut donc croire que nous sommes parmi les premiers arrivés.

Sous nous, c’est tout vert et agréable. Dommage qu’il y ait une autoroute/voie rapide un peu plus loin (ça s’entend un peu).
La carte est tentante, mais ce n’est pas facile de choisir! Nous bottons en touche en prenant le meilleur (best of) de Martin Berasategui, un menu dégustation à 155€ (avec treize compositions annoncées). En fait, nous aurons droit à un peu plus encore (quinze créations, voir ici l’intégralité de ce menu dégustation).
Nous accompagons ce déjeuner d’une bouteille de Vallegarcia 2007 (45€, du Viognier). Au passage, signalons que le coefficient sur les bouteilles de vin dans les grands restaurants espagnols semble, comme en France, une fonction des étoiles (la même bouteille de Txacoli répérée la veille chez Elkano est vendue plus de deux fois plus cher!).

Couverts customisés, personnalisés avec la signature du chef.
Il y a de l’espace entre les tables, les parasols nous abritent du soleil, le service, international, est aux petits soins (certes, on ne comprend pas toujours tout l’intitulé des plats annoncé, mais, heureusement il y a un fil conducteur). Grande tenue et grande classe : gants blancs et tout le toutim.

Succession de compositions très recherchées visuellement et excellentes gustativement. Trois entrées pour démarrer : à chaque fois, l’année de création de l’oeuvre. Les plats à eux seuls méritent le détour!

2007 : Laminé de cabillaud légèrement fumé sur poudre de noisette, café et vanille. Crème fine au parmesan. C’est archi fin, quasi translucide. Le goût n’a rien à voir avec le cabillaud auquel on a l’habitude : sans doute la finesse et la texture, le léger fumé, c’est fondant. Le parmesan apporte un peu de piquant bienvenu, alors que la poudre de noisette café et vanille est plutôt douce.
Les deux entrées suivantes arrivent en même temps.


1995 : Mille-feuille caramelisé d’anguille fumée, foie-gras, petits oignons et pomme verte. Là encore, c’est de la micro chirurgie : une finesse extraoridinaire, rien ne dépasse! On sent à peine l’anguille, dont le fumé apporte une belle opposition au moelleux et à la douceur du foie gras, et au croustillant et sucré légèrement acide du caramel et de la pomme verte. Le goût d’oignon vert est très subtil. Un classique indémodable, près de quinze ans après sa création?
2007 : Gazpacho de pêche de vigne avec infusion de coques au Txakoli. Frais, léger, fruité mais pas trop sucré, avec un petit goût iodé au fond. Pas mal du tout!

2008 : jus de crustacés et gingembre, arômes de légumes. On dirait une espèce de tartare de légumes. Le jus est un peu gélifié. Encore une composition très technique, tout plein de petites touches minutieuses et précieuses. Le gingenmbre et le jus apportent un côté tonifiant et vivifiant. Par contre, j’ai eu un peu de mal à reconnaitre les légumes… un peu trop compliqué pour moi!


2001 : soupe aux encornets, ravioli d’encornet crémeux à l’encre, servi avec croutons d’encornets. Un plat monomaniaque, un ingrédient, trois déclinaisons. Pas forcément grand fan d’encornets en général, j’ai laissé mes préjugés au vestiaire. C’est assez surprenant, surtout le ravioli rond qui explose en bouche, libérant son encre. Une bonne surprise, qui reconcilie avec ce mollusque. C’était fin, et le contraste bouillon chaud, croutons initialement secs fonctionne bien.

2006 : Huître à la chlorophylle de cresson, roquette et pomme; crème de citronnelle et herbes d’oxalis acetosella (trèfle). Encore un ingrédient que je mange, mais que je ne choisis pas si j’ai le choix. Aller, un petit effort, ça doit quand même valoir le coup d’essayer. L’énorme huître n’est pas trop iodée et n’écrase pas l’ensemble, ouf! Parce que bon, si je veux des huitres, je peux me prendre un plateau dans une brasserie quoi… Mer et vert, c’est un accord intéressant, surtout que le vert est un peu acide et légèrement corrosif (grâce au cresson, à la pomme verte et à la citronelle). La crème fait la jonction grâce à son onctuosité. OK!

2009 : petites perles de fenouil, crues, en risotto et en émulsion. Un deuxième plat monomaniaque, beaucoup plus à mon goût cette fois, je suis fan de ce triptyque, frais, léger et très bien vu. Extra!

2009 : bulles de fromage et huile de Carabanã, endives, jus d’oignons rouges et lard (bacon) ibérique. On reste dans l’excellent avec cette composition un peu tirée par les cheveux. Les petites bulles de fromage, crémeuses, onctueuses, goûteuses, légèrement mais délicieusement grasses, jouent avec l’autre côté gras, un tout petit visqueux, celui de l’huile. Le jus d’oignon et lard délaie et fluidifie l’ensemble. Je suis fan!


2007 : œuf de ferme à la betterave, et salade d’herbes liquides, carpaccio de ragoût basque et fromage. L’oeuf est bien planqué sous une espèce de couverture végétale. Très bien, même si j’aurais bien aimé voir l’oeuf dans une position un peu plus centrale… Ragoût basque? Je n’ai pas réussi à savoir ce que c’était, la salade d’herbes liquides étant bien présente.

2002 : salade de cœurs de légumes tièdes aux crustacés, crème de cœurs de laitue et jus iodé. Encore une superbe composition colorée. Un vrai tableau, qui rappelle l’arlequin d’Alain Passard. Le jus gélifié lie l’ensemble, amandes, coeur et graines de tomates, petites fleurs, c’est très beau, c’est très bon!

2009 : rouget rôti et ses écailles comestibles, jus au chocolat blanc aux algues. Superbe, même si je ne suis pas fan des deux sauces (ou plutôt de la sauce et de l’émulsion) en simultané. L’émulsion est beaucoup plus fine et discrète que la sauce, qui a tendance à dominer. Quelque chose a du m’échapper!

Tout au long du repas, jusqu’à présent, nous n’avions eu que des cuillers et fourchettes comme couverts. Pour le pigeon, seule viande servie dans ce menu festin, ce sera un couteau au joli manche bleu funky.

2008 : Pigeon d’Araiz rôti avec pâtes fraîches aux champignons et petits oignons, touches de crème truffée. Une belle bête dont on ne fait que quelques bouchées. Puissant et fin, balancé avec le côté terrien des champignons et des pointes de truffe. Et toujours quelques feuilles de trèfle, pour la fraicheur et la légère acidité. Une très belle chute pour le salé.
Passage aux desserts (pas de fromage!).

2008 : Chaud-froid de pomme et racines de plantes. Un shot en deux phases, tout simplement. Raffraichissant et apaisant, subtil.

2009 : miettes de charbon au yaourt glacé avec de petites touches acides de fraise, citronnelle et fruit de la passion. Un dessert qui donne des ailes. Là encore, le chef s’est lâché. Le yaourt glacé est sublime. Les « miettes de charbon » sont très réussies.

2009 : comme une soupe froide, ragoût de banane et vanille, agrumes et glace. Glace à la coco? Dessert un peu compliqué, dont je n’ai pas saisi tout l’esprit, j’ai eu l’impression d’une accumulation des ingrédients sans trouver de lien entre eux. Bon, mais un petit goût de passé à côté.

Une infusion « mint splash » (7€) pour finir et entamer la digestion. En mignardises : demi sphère de chocolat façon truffe, deux shots (fruit de la passion) et lait d’amandes, petit chocolat (abricot?) et mini financier like au citron.
Pour environ 200€/personne (les prix donnés plus haut n’incluaient pas les 7% d’IVA), une très belle expérience, beaucoup de « wow », la présentation est vraiment épatante. C’est très technique, archi précis, très recherché. En bouche, c’est de très grand niveau, et même si je n’ai pas forcément eu d’atomes crochus avec quelques compositions (soit parce que je ne suis pas fan de certains produits utilisés, soit parce que c’était trop compliqué pour moi), je suis très content d’avoir vécu cette expérience. À refaire en hiver, d’ici quelques années…
Le gros de la clientèle (des ibères) arrivera à partir de 14h15. La terrasse sera remplie, et quelques tables à l’intérieur seront aussi occupées. Clientèle locale, globalement décontractée. Je suis ouvert, mais je trouve qu’accompagner un tel repas avec 4-5 bouteilles d’Heineken, comme j’ai vu faire à une table, c’est un peu sacrilège, comme ceux qui fument entre les plats! Le chef viendra prendre nos impressions, nous échangerons quelques instants et il nous dédicacera un menu « fil conducteur » (« grandes amigos« , c’est vrai, notre couple mesure 1.83m de moyenne
), nettement plus pratique qu’une assiette!.
Après ça, baignade bien méritée à Zarautz!